Article pour la revue EXODE, Numéro 2 de la revue de l'Atelier Téméraire 

ToyenBNF

 

Toyen-BNF

Toyen, Objets d’identité  
Ce titre et d’autres utilisés pour articuler l’article sont empruntés aux titres des œuvres de Toyen, suivant le conseil d’Elisabeth Lebocivi, «Écoutez ces titres ».


L’œuvre de Toyen nous oblige à accoster des zones grises, où il faut se méfier de l’acte d’« interprétation ». Sporadiquement, l’interprétation peut, en se conformant à certaines règles, s’avérer «réactionnaires » et « paralysantes.» « Interpréter c’est appauvrir, diminuer l’image du monde - lui substituer un monde factice de « significations». Dans son essai publié en 1964, Contre l’interprétation, Susan Sontag nous avertit d’éventuels dangers de l’herméneutique, et nous incite, à revenir à un contact direct aux œuvres, à entretenir une critique « éveil des sens ». Toyen met à mal l’interprétation. Avec elle, on touche une indétermination farouche, un énigmatisme affirmé. Notre promontoire contemporain, aux accoudoirs surplombants:moralisateurs pourrait nous faire passer à côté « de la pure, troublante, intraduisible intensité de ses images » de Toyen. Ces mots de Sontag ne concernent en rien Toyen, pourtant ils m’éclairent tant. Dans les années 1960, à Paris, Sontag et Toyen œuvre dans des sphères différentes. À l’abri des réflexions de Susan Sontag plutôt que de celles des écrits surréalistes, ce texte ne lèvera pas les ambigüités de Toyen, mais : pour notre époque peu glorieuse, l’œuvre, l’attitude Toyen, demeurent un gisement d’interrogations et de résolutions inspirantes.
Marie Čermínová (1902–1980) œuvrera sans relâche, avec ténacité, malgré des périodes sombres, anéantissantes, martelées par les régimes totalitaires. Le spectre de la mort structure ses compositions (les deux guerres, le génocide, le stalinisme). À 21 ans, la tchèque Marie Čermínová se proclame « Toyen », un nom nationalement indéterminé, un nom d’usage, a priori révolutionnaire (de « ci-toyen »  choisi par rapport à la Révolution Française ?), coupé de toute détermination genrée. Toyen préférait effacer toute marque identitaire, le elle . Individu actif, Toyen, dès 16 ans choisit une vie d’artiste. Elle quitte sa famille, étudie à l’école des arts décoratifs de Prague, ne cessera de côtoyer des artistes. Dans les années 1920, elle voyage à travers l’Europe, en France beaucoup. Elle trouvera toujours des moyens bouts de ficelles pour se consacrer à cette résolution artistique. En 1947, elle refuse le régime stalinien à Prague et s’installe à Paris, auprès des Surréalistes. L’Excentrique y trouve son Port. 
En 2022, la rétrospective au musée d’Art Moderne de la ville de Paris permet un face à face avec ses œuvres. Une exposition monographique est une occasion rare de découvrir la profondeur et la multiplicité d’une vie. Toyen a toujours travaillé au sein de (petits) groupes. Solitaire, tout en stimulant les amitiés. Une indépendante dans des ensembles. 
Ce texte s’attarde sur ses formes d’engagements liés aux « multiples » : cartons d’invitation, couvertures de livres, conceptions de livres à travers frontispices, illustrations, collages, emboîtages. Cet isolationnisme d’étude est contraire à son approche. Cloisonner, voire verbaliser ne lui correspond pas, mais elle aurait aimé apparaître dans une revue faite par des artistes, engagés et amis. Toyen a rarement fait de mise en page et n’a pas été à l’origine de composition typographique, mais elle a très tôt porté une attention particulière aux livres et aux ephemera, aux formes artistiques démultipliant leur résonance. 

 

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mise en page Rémi Lefauvre.