mai 2017

Tout est propre.

Essai sur Ralph Schraivogel.

Les mots, cruellement, échouent à rester humbles.

Ternies, jaunies, craquelées, les particules élémentaires du moindre texte affirment, vaille que vaille, détenir un message. Peu importe leur état d’effacement, les mots espèrent une (ré)édition. Ces distributeurs de sons et de sens, obstinés et coriaces, quand bien même ils peuvent attester d’une origine modeste, marchent en quête de leurs traces (typographiques). Les mots ont l’étoffe de se solidifier en phrases de plomb et d’encre que l’Homo legens conserve dans une position de déférence. Ils ont besoin d’une couverture, d’un monument, d’un mur délaissé, d’une lucarne Facebook. Ils ne bouderont pas un panneau publicitaire.

Les mots sans présentoirs, quelles que soient leurs épaisseurs (techniques), sont « foutus ».

Ces mots, dans leur superbe, assurent entretenir un rapport privilégié au sens. Vecteurs polis de message, ils ont des velléités d’orientation, mais trop souvent, lorsqu’ils sont commandités, ils s’épuisent dans un langage communicationnel vidé de toute substance. Tous ces assemblages alphabétiques se révèlent démunis sans leur ancrage-trace. Ils agonisent sans destinées reproductibles, sans les mains de passeurs, sans la pensée d’un graphiste. Ils ont besoin de soins.

Chaque affiche de Ralph Schraivogel provoque un duel, une liaison, patients et subtils, avec ces « foutus » mots.

 

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